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Date de création : 04.11.2011
Dernière mise à jour :
27.07.2014
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Quelques instantanés de la visite du président Hollande à Dijon : avec François Rebsamen hier soir (en haut à gauche, photo © Eric Capelli) ;parmi la "foule" (en bas à gauche, photo © France 3 Bourgogne) ; le syndicaliste Fabien Bauduin contrôlé après avoir été écarté sans ménagement du cortège par la police (en haut à droite, photo © A. Gaudriot/gazetteinfo) ; au café (à droite au centre, photo © Reuters) ; en visite chez Urgo, à Chevigny-Saint-Sauveur (en bas à droite, photo © E. Feferberg/AFP).
La formule empruntée à un passant interloqué en marge du cortège présidentiel en témoigne à sa manière. La « gueule de bois » des soutiens du Président après le décalage le confirme. Il fallait pourtant s’y attendre.
Tout ou presque dans ce « voyage en province », comme on dit encore dans les cercles de pouvoir « parisiens », sonnait faux dès le départ. L’annonce d’abord par quelques conseillers mal inspirés qu’il s’agissait bien de la « première » étape d’une « stratégie » de reconquête de l’opinion. Les repérages habituels des services spécialisés avaient été vendus à une presse locale en mal de sensationnel – exclusif ! –, ponctuant ses papiers de détails « historiques ». Il dormira à la Préfecture dans le lit fabriqué pour De Gaulle... dans la chambre qu’occupa Napoléon... à moindres frais... etc. Piètres communicants qui ont savonné la pente par distraction en plein décalage qu’ils étaient. Jusqu’à l’interview accordée au groupe Erba par écrit mais où, ils l’assurent, le Président a bien tenu la plume... comme toujours.
Pareils préparatifs ne laissaient guère de doute sur la suite. Et l’on fut servi en effet. La foule n’était pas au rendez-vous. Même du côté de la principale composante de la majorité présidentielle, l’on n’avait pas fait le plein. Seuls les élus socialistes et apparentés, quelques militants et la presse accompagnaient le Président, ses conseillers et ses gardes du corps. Et il y eut pourtant un dérapage inadmissible. Un syndicaliste, un jeune ainsi qu’un autre passant furent expulsés manu militari par un service d’ordre aussi zélé que ridicule parce qu’ils s’adressaient, en colère et de loin, à François Hollande – Monsieur Hollande, où sont vos promesses ? Soucieux d’atténuer l’effet désastreux de ces turpitudes sécuritaires, François Rebsamen parle « d’olibrius » – personnage excentrique et cruel - pour qualifier non pas les agresseurs... mais leurs victimes. « Faisons l’Olibrius, l’occiseur d’innocents» faisait dire Molière à l’un de ses personnages dans L’Étourdi ou Les Contretemps.
Tout cela est sans rapport avec ce que vit la majorité de nos concitoyens, ici comme dans le reste de l’Europe. Les urgences sociales sont partout au cœur des préoccupations. Nul doute que nombre de socialistes, sinon tous, en sont plus ou moins conscients. Au point où le Président du Parlement de Strasbourg, l’Allemand Martin Schulz évoque « une génération perdue » en parlant des jeunes Européens au chômage. Il est vrai que même outre-Rhin, la menace est présente avec cette Alternative für Deutschland qui prône une sortie de l’euro et qu’un sondage donnait, hier, à 26 % d’intentions de vote. Alors, oui, c’est faire preuve de lucidité politique et en quelque part de courage que de défendre un changement de cap raisonné, comme nous l’avons fait par la voix de Najate Haïe dans un silence politique assourdissant (lire ici).
Il ne suffit pas en effet de parier sur des « trajectoires » de réduction des déficits budgétaires quand les déficits les plus urgents sont ceux de la cohésion sociale et démocratique de nos sociétés, rongées par l’austérité. Il ne s’agit pas davantage de donner du temps au temps tout simplement parce que la patience de ceux qui souffrent a des limites. Ce que l’on attend d’un Président de gauche et de sa majorité, c’est qu’ils livrent bataille contre le chômage et la misère avec des objectifs chiffrés, une politique publique offensive, mobilisant toute la gauche et la majorité de nos concitoyens. Or, le gouvernement Ayrault semble plus à l’écoute des diktats de Madame Parisot que de l’expression de la sourde colère qui monte dans les usines, les bureaux, les quartiers. C’est bien pour cela qu’il faut changer de cap, non pas un jour peut-être, mais maintenant, sans plus attendre.